Aimer les maths ? C’est pas un drame !
« Dédra-MATH-isons » ! l’initiative existe depuis quatre ans à l’UCL. Pendant plusieurs mois, les élèves se plongent dans la matière ; durant une journée, c’est eux qui donnent cours. L’objectif est clair : montrer que les maths, ça peut être fun !
Toute petite derrière le pupitre. Et pourtant, c’est elle qui fait la leçon. Elisa est en cinquième humanités ; aujourd’hui, elle donne cours devant 600 élèves ! Au menu, l’un des classiques de la géométrie : la trisection de l’angle. « U = 3 V. C’est assez simple », explique-t-elle. Quelques rires jaillissent de l’auditoire. Tout le monde ne trouve pas ça évident !
C’est jour de fête au « Sciences 10 », l’un des plus grands auditoires de Louvain-la-Neuve. Fête des maths. Le principe : six équipes de quelques élèves se succèdent pour présenter de manière ludique et dynamique un sujet au choix. Power-points, vidéos… il faut captiver l’assemblée ! Aux premiers rangs, les visages sont concentrés. Sur les hauteurs, c’est plus dissipé. Non loin de nous, un élève joue au football sur son iPhone. Puis, il passe au Checkers. Echec et… maths ? Devant, on poursuit. Les « profs » portent tous un t-shirt : « Math is fun ». Le débit est un brin rapide. Le stress sans doute…
Les intitulés des leçons sont aussi sympas qu’intrigants : « Il faut sauver le soldat PACMAN » ou « Tiers qui coupe n’amasse pas le double »… On nous explique maintenant comment marche la cryptographie. « Ça intervient partout : pour envoyer des mails, faire des virements », explique l’élève-enseignant. Il est question du chiffre de Vigenère et d’Enigma – un message codé utilisé par les Allemands pendant la Deuxième Guerre. « Dans le futur, la cryptographie introduira le Qubit, qui permettra une factorisation instantanée. » Comme ça, on est prévenu…
Dans l’auditoire, le professeur – un vrai celui-là ! – Kouider Ben-Naoum rayonne. Il a lancé le projet en 2009. La raison est sociétale, nous dit-il. En gros : pas assez d’ingénieurs et trop de craintes. « Tout le monde a peur des maths : les élèves, les parents… Ils voient toujours un obstacle. Ici, ni examen, ni sanction. Le but est seulement de se faire plaisir. » L’homme insiste sur le développement de compétences transversales que favorise son projet : travail en équipe, expression en public… Il évoque aussi la révolution didactique qu’il espère ardemment. « Aujourd’hui, il n’est plus possible de regarder un prof écrire au tableau durant deux heures. L’enseignant n’est plus le maître du savoir, c’est un guide, un conseiller. Il doit donner soif aux élèves. Les maths, c’est pas à regarder, c’est à faire ! »
Vincent Delcorps
“ Des maths pendant mon temps libre ”
Collège St Hubert (Watermael-Boitsfort)
« On avait décidé de parler de la cryptographie. Ce qui me plaisait, c’était de concrétiser des formules, de faire quelque chose d’appliqué. Toute la classe s’y est mise et chaque semaine, quelqu’un faisait un exposé. Puis, on a sélectionné ceux qui feraient la présentation aujourd’hui. Ça ne m’a pas du tout dérangé de passer mon temps libre à faire des maths. Je ne suis pas sûr que, dans quelques années, je me souviendrai de la cryptographie, mais cette expérience a confirmé mon désir de faire des études d’ingénieur civil. »
“ Transmettre ma passion... ”
Athénée Royal Uccle 1
« Je suis en option math-sciences. Si je suis bonne en math ? Ça va. Pour mon examen, j’espère avoir 35/50. Pour ce projet, on a pris le temps d’étudier un sujet dans les livres et sur Internet. Puis on a appris à faire les démonstrations. C’était intéressant d’étudier un thème qui sortait du cadre du cours. Plus tard, j’aimerais étudier dans le domaine des sciences, peut-être la médecine. Et j’adorerais pouvoir donner cours à l’université. En fait, je voudrais surtout pouvoir transmettre ma passion… »
“ Les jambes qui tremblaient ”
Institut Notre-Dame Séminaire (Bastogne)
« Les maths et les sciences, j’aime bien. Alors, j’étais clairement motivé à l’idée de travailler sur un projet mathématique en groupe. On a essayé de montrer qu’au départ d’une forme complexe, on pouvait arriver à un rectangle, ce qui permet de calculer toutes sortes de données. Aujourd’hui, c’était super impressionnant de parler devant 600 élèves. Au début, on se demande si on va y arriver… J’avais les jambes qui tremblaient. Au final, je crois que j’ai gagné un peu plus de confiance en moi. J’ai aussi appris à travailler en groupe et à écouter les autres. Puis, plus tard, je souhaiterais faire ingénieur. »
3 conseils pour les profs par Luc de Brabandere
1 Soyez concrets
C’est le défi du professeur : montrer l’utilité de ce qu’il enseigne. Quitter l’abstrait et l’absolu. « Il faut donner faim aux jeunes, leur expliquer comment marche leur monde. Par exemple, on peut leur expliquer ce qui se passe quand on tape un mot sur Google. Les algorithmes, ce sont les maths des ados ! »
2 Impliquez les élèves
Un exemple ? « En tant que prof, je montrerais à mes élèves toute l’étendue des maths. Ensuite, à côté des incontournables, je leur permettrais de choisir les branches qu’ils veulent apprendre. »
3 Elargissez les horizons
Chaque branche a son cours et chaque cours a son prof. Pourtant, les maths peuvent être raccordées au monde et connectés à d’autres disciplines. Math, histoire, philo, logique… les liens sont à faire ! « L’enseignant peut aussi parler des grands mathématiciens. Il peut faire le lien entre l’axe carthésien et Descartes. Ou évoquer les problèmes auxquels ces hommes étaient confrontés, leur parcours… »
3 conseils pour les élèves par V.D.
1 Ce n’est pas impossible
Tout le monde peut y arriver ! Car les maths, c’est pas nécessairement plus difficile qu’une autre branche. « En fait, le type d’apprentissage n’est pas le même. Il est moins linéaire, moins continu. On avance par paliers. C’est plus une falaise qu’une pente douce. De ce fait, on peut se décourager. En même temps, les progrès peuvent être soudains ! »
2 Prenez du recul
Rien de pire que de rester coincé sur une interminable équation ou un problème insoluble. C’est l’heure de prendre de la hauteur. « Il y a de l’harmonie dans les maths, certaines équations sont plus belles que d’autres. Mais il ne faut pas être obsédé par les calculs ; on devient alors incapable de voir cette beauté. »
3 Observez les maths
Des chiffres qui ne veulent rien dire, des équations qui ne riment à rien… De fait, pas très attirant ! Mais les maths, ce sont aussi des figures qui prennent forme, des dessins qui donnent du sens, des volumes qui enseignent des échelles de grandeur. « Il faut voir les maths. Pythagore lui-même a fait son triangle dans du sable avec son doigt. »









Belle initiative!